Certaines conversations ne cherchent pas la leçon de management, elles cherchent à comprendre. Celle-ci en fait partie. Steven K aime les parcours qui sortent de l'ordinaire, et il laisse Domitille Kiger raconter le sien : d'où vient l'envie de voler, ce qu'on ressent vraiment en chute libre, et ce qu'il faut pour transformer un rêve en discipline. En filigrane, une idée qui irrigue toute sa conférence « De l'Audace » : oser n'a rien à voir avec l'inconscience.
L'invitée de Steven K · Domitille Kiger
Une conversation de découverte
Le point de départ est une passion d'enfance. À douze ans, cavalière, Domitille estime maîtriser l'élément terre et veut essayer quelque chose dans l'eau et dans le ciel. Ce seront la plongée et le parachutisme. Il faudra attendre ses quinze ans pour le premier saut, un coup de cœur immédiat qui deviendra une carrière internationale de freefly, cette discipline artistique qui se pratique en équipe de trois et se note sur la précision des figures.
La chute libre n'est pas ce que vous croyez
Domitille prend le temps de défaire les idées reçues. Non, la chute libre ne donne pas la sensation du grand huit, cet estomac qui remonte dans la gorge. On y flotte plutôt comme en apesanteur, porté par un air qui devient dense, presque solide. En soufflerie, ces gros ventilateurs qui soufflent de bas en haut, on reproduit exactement les conditions du vol, et l'on peut répéter des créneaux courts à volonté. Derrière le spectacle, il y a donc de la technique, de la répétition et un travail d'équipe, pas une quête de frisson.
Ce recadrage compte, parce qu'il dit quelque chose de son rapport au risque. L'audace dont elle parle n'est pas l'ivresse du danger, c'est une pratique maîtrisée, préparée, répétée. La même nuance qu'elle porte sur scène lorsqu'elle sépare les risques qui détruisent de ceux qui font progresser.
Oser, mais être honnête sur l'effort
Interrogée sur le message qu'elle adresserait aux jeunes qui veulent réaliser leurs rêves, elle répond d'abord d'oser, puis corrige aussitôt : c'est facile à dire, beaucoup plus difficile à faire. Quel que soit le domaine, sportif, artistique ou professionnel, il faudra beaucoup de travail. Le conseil qu'elle juge le plus utile n'est donc pas d'oser à tout prix, mais d'être honnête avec soi-même sur ce dans quoi on se voit vraiment fournir cet effort.
C'est là que son métier d'aujourd'hui rejoint son sport : la préparation mentale. La visualisation, qu'elle a creusée jusque dans sa dimension scientifique, lui sert à préparer un vol de quelques dizaines de secondes qu'on ne peut pas se permettre de rater. Un outil sobre, transposable bien au-delà du ciel, pour transformer l'appréhension en concentration.
- Une audace sans inconscience : de la préparation, de la précision, de la méthode.
- Un conseil lucide pour se lancer : être honnête avec soi-même sur l'effort qu'on est prêt à fournir.
- La visualisation comme outil concret de préparation mentale, transposable au-delà du sport.
- La performance collective qui se joue d'abord dans la précision de chacun.
Cet épisode illustre l'un des cinq thèmes de la conférence « De l'Audace » : L'audace en entreprise →